« N’oubliez jamais que c’est un luxe de n’avoir aucun problème de santé. Vous pouvez avoir 99 problèmes dans votre vie jusqu’au jour où vous perdez la santé ; à ce moment là, vous n’avez plus qu’un seul gros problème. » Auteur inconnu
Papa est né le 17 septembre 1954 à Nouméa. C’est à Soissons qu’il a grandi et où le football a très vite pris une place importante dans sa vie. Il s’y est initié dans les rues de son quartier, avec des copains de tout âge. Les parents du quartier servaient d’arbitre. Il jouait parfois sans chaussure pour faire comme Pelé, un de ses idoles.
Papa a quitté Soissons en 1976 pour intégrer le Sporting Club Abbevillois où il jouera en 2ème Division et finira plusieurs fois champion de France, avec sa photo dans les albums Panini. C’est en juillet 1976 qu’il a rencontré Maman avec qui il s’est marié en 1978. Elle a écumé les stades d’Abbeville et des équipes adverses à ses côtés. Elle était sa première fan. Elle a tenu des albums avec toutes les brochures de presse.
Papa est parti d’Abbeville pour rejoindre la ville de Bourges en 1982. C’est encore le football qui l’a conduit là-bas. De joueur, il est devenu entraîneur. Sa seconde fan est née en 1988 et c’est avec moi qu’il a continué d’écumer les stades de Bourges et de ses environs.
Tout le monde s’accordait pour dire que c’était un excellent joueur, qui aurait du être pro. Mais Papa ne voulait pas être pro. Il ne voulait pas se rapprocher d’un monde où l’argent est roi.
Papa, c’était un défenseur, un libéro, un n° 5, qui savait protéger son gardien mais qui savait aussi remonter le terrain pour attaquer et marquer des buts. Il était comme ça Papa et il était pareil avec sa famille. Il la défendait, il la protégeait et au premier danger, à la première agression, il ne fuyait pas. Il attaquait. Chaque problème avait une solution.
Une fois devenu entraîneur, pour beaucoup de joueurs, il est devenu « LE coach ». Il avait à cœur de transmettre, d’initier, d’accompagner. Ses joueurs sont très vite devenus ses gamins, que ce soit au FC Saint Doulchard, lorsque son équipe a gagné la coupe Pichonnat en 1996 ou à l’ES Justices quand exactement 10 années plus tard, en 2006, il a gagné cette même coupe face à un autre entraîneur qui était aussi son collègue et son ami. Et puisque l’on dit toujours « jamais 2 sans 3 », l’ES Justices a gagné de nouveau cette coupe en 2008 avec Papa. A chaque match, on s’habillait en rouge pour se porter chance. Tes équipiers et amis s’en sont rendus compte et beaucoup venaient en rouge. Par la suite, à chaque examen, concours, oral que je passais, tu mettais du rouge et comme je ne pouvais pas forcément m’habiller en rouge pour respecter les règles de bienséance, j’avais quelque chose de rouge dans ma poche.
Papa avait beaucoup d’amis et ces amis constituaient une grande famille pour lui. Ce n’est pas pour rien qu’il disait de ses joueurs de Saint Doulchard, âgés de 18, 19 ans, qu’ils étaient mes grands-frères quand moi j’en avais 7.
Il avait un code d’honneur, un nombre incalculable de valeurs qui sont aussi les miennes. Il aurait gravi des montagnes pour ceux qu’il aimait. Il ne parlait pas beaucoup de lui. Sa modestie était grande. Il aimait rire, il aimait plaisanter. Il aimait chambrer. Il aimait savourer un bon vin, un bon repas. Il adorait prendre un apéro. Il aimait la vie.
J’ai déménagé plusieurs fois et à chaque fois, il était là. Bordeaux, Poitiers, Lyon, Metz, Rouen. Il m’avait toujours dit que lorsque je me fixerais, il viendrait. Je savais qu’il n’y avait pas un endroit où il ne ne me rejoindrait pas. Il a quitté Bourges en juin 2025. Il quittait une ville où il était connu et aimé de tous pour une ville où il ne serait plus salué sans cesse dans la rue, où il ne signerait plus d’autographe comme c’est arrivé sous mes yeux ébahis de petite fille dans les rues d’Abbeville.
Tout était au beau fixe. Un nouvel appartement, un bel été, des projets. Tu es allé à Abbeville et tu as conduit une voiture de course. C’était le cadeau que nous t’avions offert pour tes 70 ans. Je commençais à m’impatienter car tes 71 ans approchaient et tu n’avais toujours pas été sur le circuit. Tu as adoré l’expérience, tu aurais voulu refaire des tours. Je les ferai pour toi. Gérard, ton beau-frère, avait cuisiné des moules frites ce jour-là, tu t’étais régalé.
Avec maman, on a fêté tes 71 ans à Rouen autour d’une choucroute. Tout allait bien.
Tu continuais de faire de la web cam une fois par semaine avec ta sœur, Monique, comme tu le faisais depuis son départ à Nouméa. Tu appelais toujours Maman à l’aide quand l’ordinateur ne fonctionnait pas. Au tout début, quand Monique est partie, tu nous dictais même le contenu de tes mails car tu en avais marre de chercher les touches sur le clavier de l’ordinateur. On ne pouvait s’empêcher de se moquer gentiment quand, au bout de 10 minutes, tu venais nous chercher, fier de nous montrer ton mail de seulement deux ou trois lignes.
Et puis, tu as commencé à tousser, à ressentir des douleurs. Un médecin ne t’a pas écouté, ne t’a pas cru. Je t’ai emmené voir mon médecin.
Le 8 décembre restera gravé dans ma mémoire comme étant le jour où je t’ai laissé aux urgences et où le combat a démarré. Il n’était pas à armes égales car le mal s’était déjà installé à l’insu de tous, dans la plus grande ignorance. Ça, c’est déloyal quand on est une personne loyale comme toi. Jamais tu ne faisais de coup en douce toi.
Tu as mené le combat en étant digne, fort, aimant, en étant toi.
Tu m’aurais rejoint n’importe où Papa, et moi aussi. Mais ce 18 janvier 2026, sur les environs de 19h, dans cette chambre d’hôpital, tu es parti dans un endroit où je ne peux pas te rejoindre, pas maintenant en tout cas. Tu as eu le temps de réunir ta famille, de me ramener Maman. Tu l’as mise en sécurité auprès de moi. Tu m’as offert tes derniers regards et tes derniers battements de coeur quand j’ai posé mon oreille sur ta poitrine jusqu’à ne plus rien entendre. Maman quant à elle, a perçu tes derniers souffles. C’est donc entouré des deux femmes de ta vie que tu as pris ton envol.
Tu voulais partir dans la plus grande simplicité. Tu ne voulais rien d’extravagant. Nous avons respecté ta volonté. Mais il n’était cependant pas possible que tu partes dans l’ignorance, sans que tes amis ne le sachent. Tous les hommages que tu reçois depuis ton départ, sont la preuve de ta réussite. Maman et moi somme sidérées face à ce débordement de témoignages. C’est bien la preuve de ta modestie.
Tu laisses un vide immense que personne ne pourra combler. Quand on a eu un Papa comme toi, il est difficile de trouver l’âme sœur.
On ne se le disait pas souvent, presque jamais. Parfois, les mots sont inutiles mais avec nous, les mots étaient toujours inutiles. Un geste, un regard, suffisaient à se le dire comme tu as su le faire à la fin. Aujourd’hui, je ne peux plus te regarder et te sourire pour te le faire comprendre, alors je vais te dire ce que nous ne nous disions presque jamais car nous n’en avions pas besoin : je t’aime.
A l’oubli je ne peux me résoudre.